Les gisements secondaires correspondent aux contextes dans lesquels les diamants ont été libérés de leur roche hôte primaire, puis déplacés, triés et concentrés par l’érosion et les processus sédimentaires. Leur histoire est généralement plus longue et plus mobile que celle des gisements primaires : elle implique l’altération des roches, le transport par les eaux, parfois par la glace, puis l’accumulation dans des pièges naturels.
L’étude de ces gisements éclaire la façon dont des diamants d’abord confinés dans des structures magmatiques ponctuelles peuvent être dispersés dans les paysages, puis reconcentrés parfois très loin de leur source. Les gisements secondaires forment ainsi un lien direct entre la géologie profonde et la surface vivante de la Terre : rivières, vallées, terrasses, littoraux et anciens bassins sédimentaires.
1. Libération du diamant hors de la roche hôte
1.1 Altération et érosion des gisements primaires
La formation des gisements secondaires commence par l’altération des roches hôtes des gisements primaires. Exposées aux conditions de surface, ces roches subissent l’action de l’eau, de l’air, des variations de température et des processus chimiques qui conduisent peu à peu à leur désagrégation.
Le diamant résiste à cette destruction. Sa dureté exceptionnelle, sa stabilité chimique et son inertie face à l’altération lui permettent de subsister là où les autres minéraux de la roche hôte se dissolvent, se fragmentent ou se transforment. Ces trois propriétés, qui réapparaîtront à chaque étape de son histoire sédimentaire, font du diamant un survivant : à mesure que la matrice rocheuse se défait, les cristaux qu’elle contenait sont libérés presque intacts.
C’est par cette résistance différenciée que commence la concentration secondaire. Le diamant ne devient pas plus abondant en soi ; il devient plus accessible, parce que les matériaux qui l’entouraient disparaissent ou se dispersent plus facilement.
1.2 Mise en mouvement du diamant
Une fois libéré, le diamant entre dans le cycle sédimentaire. Il peut être entraîné par l’eau, déplacé par la gravité, incorporé à des dépôts de pente, ou plus rarement transporté par des processus glaciaires. Sa mobilité dépend de plusieurs facteurs : taille, forme, densité, état de surface, énergie du milieu et distance à la source primaire.
Contrairement à beaucoup de minéraux, le diamant ne se dissout pas dans les conditions ordinaires et se fragmente peu au cours du transport. Il peut donc conserver longtemps ses caractéristiques physiques, même après plusieurs épisodes d’érosion, de déplacement et de redépôt.
Cette persistance explique pourquoi certains diamants peuvent voyager loin de leur source. Mais elle complique aussi leur interprétation géologique : plus le transport est long, plus le lien avec la roche hôte devient difficile à reconstituer.
2. Transport et concentration sédimentaire

2.1 Rôle des systèmes fluviaux
Les systèmes fluviaux sont parmi les principaux agents de transport des diamants libérés. Les rivières peuvent les déplacer sur des distances très variables, depuis quelques kilomètres jusqu’à des parcours beaucoup plus longs, selon le relief, l’énergie du courant et l’histoire du bassin versant.
Au cours du transport, les diamants tendent à s’accumuler dans des zones où l’énergie du courant diminue ou change brusquement. Méandres, bancs de graviers, ruptures de pente, marmites d’érosion ou confluences peuvent agir comme des pièges naturels.
La concentration résulte d’un tri mécanique. Les particules ne se déposent pas toutes au même endroit ni au même moment : leur taille, leur densité, leur forme et la force du courant déterminent leur trajectoire. Le diamant, dense et résistant, peut ainsi être progressivement séparé des matériaux plus légers ou plus fragiles.
2.2 Concentration différentielle et placers
Les gisements secondaires les plus caractéristiques prennent souvent la forme de placers. Ces accumulations sédimentaires résultent d’un tri prolongé, au cours duquel les matériaux les plus légers sont emportés plus facilement, tandis que les éléments résistants et relativement denses se concentrent dans certains horizons.
Le diamant n’est pas le plus dense des minéraux lourds, mais sa densité, d’environ 3,5 grammes par centimètre cube, le sépare nettement du quartz et des feldspaths qui constituent la majorité des sédiments, presque deux fois moins denses que lui. Cette densité, jointe aux propriétés déjà décrites, favorise son piégeage dans certains horizons de graviers, parfois aux côtés d’autres minéraux indicateurs issus de roches profondes.
Ces concentrations peuvent se former, disparaître, puis être reprises par de nouveaux cycles d’érosion. Un même diamant peut ainsi connaître plusieurs histoires successives : libération, transport, dépôt, remaniement, puis nouvelle concentration. Les placers sont donc des archives mobiles, où l’origine profonde se mêle à l’histoire changeante des paysages.
3. Gisements alluviaux et paléogisements
3.1 Gisements alluviaux actuels

Les gisements alluviaux sont des accumulations de diamants dans des dépôts fluviaux récents ou encore actifs. Ils sont liés aux dynamiques hydrologiques contemporaines : crues, déplacement des chenaux, érosion des berges, remaniement des graviers et variations de l’énergie du courant.
Souvent discontinus et très localisés, ces gisements ont une extension qui dépend de la présence de diamants en amont, de la capacité du réseau fluvial à les transporter, et de l’existence de pièges sédimentaires capables de les concentrer. Deux secteurs proches d’une même rivière peuvent donc présenter des richesses très différentes.
À l’échelle géologique, ces dépôts peuvent évoluer rapidement. Une crue, un changement de chenal ou une modification du relief peut déplacer, enfouir ou remanier une concentration diamantifère, qui demeure un objet géologique instable, lié au mouvement.
3.2 Paléogisements et héritage géologique
Les paléogisements secondaires correspondent à d’anciens systèmes sédimentaires aujourd’hui fossilisés, enfouis, soulevés ou remaniés. Ils témoignent de paysages disparus : anciennes rivières, terrasses abandonnées, bassins sédimentaires, plaines d’érosion ou littoraux anciens.
Ces gisements peuvent être conservés sous forme de terrasses fluviales, de niveaux de graviers enfouis, de dépôts consolidés ou de formations lithifiées. Leur étude permet de reconstituer des réseaux de transport anciens, parfois sans équivalent dans le paysage actuel.
Là où le gisement alluvial actuel raconte une dynamique encore active, le paléogisement conserve la mémoire d’un relief ancien, d’une érosion passée et d’un trajet du diamant que le paysage moderne ne révèle plus directement.
4. Dispersion, distance et perte d’information
4.1 Éloignement de la source primaire
Au fil du transport, la relation entre le diamant et son gisement primaire d’origine devient de plus en plus difficile à établir. La distance parcourue, les remaniements successifs et les changements de milieu effacent peu à peu les indices qui permettraient de remonter à la source initiale.
Un diamant trouvé dans un dépôt secondaire ne raconte donc pas toujours clairement d’où il vient. Il peut avoir été libéré d’une kimberlite proche, déplacé par une ancienne rivière, repris par un système plus récent, puis concentré à nouveau dans un autre horizon sédimentaire. Chaque étape ajoute une couche d’histoire, mais peut aussi en effacer une autre.
La perte d’information complique l’interprétation des gisements secondaires. Elle limite la possibilité de reconstituer avec précision le trajet complet du diamant, depuis sa roche hôte primaire jusqu’au dépôt où il est finalement observé.
4.2 Sélectivité naturelle des processus secondaires
Les processus sédimentaires exercent également une forme de sélection naturelle sur les diamants. Tous les cristaux libérés d’une roche primaire ne survivent pas de la même manière au transport, à l’abrasion, aux chocs et aux remaniements successifs.
Les pierres les plus fragilisées, fracturées ou fortement incluses peuvent être brisées ou éliminées plus facilement de l’ensemble des sédiments en transit. Les cristaux les plus résistants, mieux formés ou plus favorables au transport tendent au contraire à être conservés et reconcentrés.
Cette sélection modifie la population de diamants observée dans les gisements secondaires. Elle ne reflète donc pas fidèlement la population initiale présente dans le gisement primaire. Ce que l’on trouve dans un placer est le résultat d’une source profonde, mais tout autant le produit d’un tri long, parfois sévère, imposé par les paysages.
Les gisements secondaires résultent ainsi d’une succession de processus indépendants : libération, transport, abrasion, tri, dépôt et reconcentration. Plutôt que de prolonger simplement les gisements primaires, ils en transforment profondément la distribution spatiale et la signification géologique.
À ce stade, le diamant est devenu un élément mobile du paysage. Sa présence à la surface ne tient plus à la seule structure profonde de la Terre, mais aussi à l’histoire longue, changeante et contingente des systèmes sédimentaires.
← CHAPITRE 1 GISEMENTS PRIMAIRES · Table des matières · CHAPITRE 3 GISEMENTS MARINS →